Sur le canapé en sky blanc, alors que le ciel prend une teinte bleuté, il étreint mon épaule. La platine vinyle diffuse LA WOMAN. Je lui susurre, j’adore, c’est délicieux.
Je suis dans le métro. Je lis l’Amour de Jean-Philippe Toussaint. C’est une histoire de rupture. Un couple de français se sépare à Tokyo. Je lis et je pense à autre chose. Je pense aux hommes connus avec lesquels j’aimerai parler, vivre, faire l’amour… ou au moins les rencontrer pour voir s’il se passe quelque chose : Jean-Louis Trintignant, Melvil Poupaud, Romain Goupil, Bouli Lanners, Bruno Gascio, Nicolas Duvauchelle, Sami Bouajila, et puis d’autres encore, plein, des hommes de radio, dont j’aime la voix, des danseurs, des psychanalystes, dont j’ai oublié le nom mais aucun homme politique.
Je viens de finir la lecture de Fuir de Jean-Philippe Toussaint. C’est désagréable de terminer un livre qu’on aime. Je lis et j’entretiens une correspondance. Je le fais avec application, je choisis mes mots, j’attends impatiemment le courrier de l’autre. Je le lis et le relis. Je l’interroge, je réponds précisément, j’évoque des souvenirs, parfois je m’accorde une digression, une évocation quotidienne, un conseil littéraire. Ce soir chacun est dans son lit. J’ai laissé le mien à mes parents et je dors dans celui de Nemo qui dort lui-même sur un matelas à côté de moi. Yuko est dans le sien, à quelques mètres de nous. Dans le calme de la nuit, j’écris à un homme dont je ne connais plus le visage.
Je n’écris plus. Parfois une phrase me passe par l’esprit, je fais exprès de la laisser filer. Je repousse le moment de la noter jusqu’à l’oublier. Le lendemain je la cherche, je ne la trouve plus.
J’avais décidé de ne plus considérer mes enfants comme les membres d’une famille brisée mais comme deux individus avec lesquels je partage mon quotidien. Je continuerai à veiller sur eux comme une mère.
Un soir dans un bar, alors que Paris était recouverte de neige, j’ai dansé un slow sur la musique de la Boum. Nous étions tous les deux engoncés dans nos anoraks.
Parfois j’ai trop de temps, je ne sais pas bien quoi en faire. Alors je reste là, sur mon canapé à observer le silence. Je repousse le temps de l’écriture tant et tant qu’il n’est plus l’heure.
Je rentre dans un espace de travail, il y fait chaud. Des affiches de cinéma recouvrent les murs, quelques bougies sont allumées. Je lui tends mon ordinateur blanc et m’assieds à ses côtés. Avec prudence et application il trouve les solutions adéquates. Je me trémousse sur ma chaise, porte mes mains à mon visage, rit, me déplace légèrement vers lui.
Je veux prendre soin de mes amis, autant qu’ils prennent soin de moi : Delphine, Stéphanie, Rachel, Anne, Pierre, Marianne, Marie-Liesse, Stéphanie, Sophie, Hélène, Amélie, Mehdi, Cyril, Mathilde, Cécile, Philippe, Marie, Solen, Xavier et tous les autres.
Le premier cour de ski de ma vie est annulé pour cause de mauvais temps. Je sors prendre un déca et fumer une clope. Il est 11h30, et l’odeur du vin chaud se répand dans la galerie marchande. Bien emmitouflée je me hasarde quelques instants à marcher sous la pluie.
Dans la nuit nous traversons les pistes enneigées, Julien, Yuko, Nemo et moi. A l’arrivée à la patinoire, les spots colorées, la musique tonitruante, la foule, me procurent la même émotion que le 14 juillet. J’enfile des patins pour la première fois de ma vie. J’observe mes enfants qui se préparent sous les néons. Ma présence sur la glace les étonne et les ravie. Je lâche la rambarde et glisse, remontent en moi les heures de mon enfance passées à regarder le patinage artistique avec ma mère. Je reproduis avec application les mouvements analysés des années auparavant. Je glisse, glisse et chute.
Et puis il y a la grâce de mon frère, il devrait vivre dans une patinoire, il y retrouve joie et légèreté.