1. J’aime tes jambes, je t’imagine cet été vétu d’un tee-shirt blanc près du corps et d’un short court bleu marine ou beige. Je ne regarde pas les tableaux, non, je t’imagine dans la chaleur. 

     
  2. Nous restons dans notre chambre. Nous nous embrassons. Nous dormons un peu. Nous prenons des douches. Nous prenons des photos. Nous faisons l’amour comme chaque jour.

     
  3. Il pleut. Tu dors encore. Je me lève. La chambre est froide, l’eau de la douche est froide. Je me recouche contre toi. Sur le scooter chargé de nos valises nous descendons la route en lacets. Sous la pluie nous attendons le bateau. Nous rentrons chez nous à Naples.

     
  4. Nous quittons le village, ses boutiques et ses hôtels de luxe fermés ou en travaux. Nous marchons sur le chemin escarpé. Nous nous égarons. Nous faisons demi-tour. Tu cours devant moi et te retournes en riant. Il y a un escalier immense et sinueux. Sur le coté de petites portes laissent deviner des allées bordées de colonnes grecques menant à d’immenses villas. Nous gravissons les marches. Tu es fatigué et moi aussi je suis fatiguée. J’insiste. Nous buvons un peu d’eau. Je te devance. Tu dis, on l’a loupé. Je dis, non, on continue. Nous avons trop chaud. La lumière décroit. Je regarde mes pieds fouler les cailloux. J’entends le bruit de ta respiration. C’est alors que je l’aperçois entre les branches. Je crie de joie. Tu félicites mon obstination. Nous sommes heureux. 

     
  5. Je trempe mes jambes dans l’eau fraîche.

     
  6. Nous choisissons des pâtisseries dans la vitrine. Nous les mangeons au comptoir accompagnées d’eau gazeuse. C’est bon. Nous allons nous asseoir Piazza Bellini. Nous buvons trois Limoncello chacun, en fumant des cigarettes. Sassi a huit ans, il est tous les soirs Piazza Bellini, il vend des briquets, demande de l’argent, se fait prendre en photo. Tu lui achètes un briquet et je le prends en photo. Piazza Cavour nous achetons une pizza que nous partageons et la mangeons dans la rue. C’est la meilleure pizza que tu manges de ta vie, moi oui. Nous ouvrons délicatement la porte de chez Massimo et Antonio et marchons jusqu’à notre chambre. 

     
  7. Au marché nous achetons deux boules de mozzarelle, des tranches de saucisson, des tomates, des fraises et deux pains. Je décide d’entrer dans un salon de coiffure. Le patron s’occupe de moi. Les Italiennes aiment les brushings. Il s’applique et coupe très court. Nous allons prendre le train. Nous descendons à Lucrino. La petite plage est remplie de détritus lavés et rejetés par la mer. Nous mangeons, nos visages tournés vers le soleil. J’adore notre discussion, je m’en souviens très bien. Nous avons des difficultés à trouver les bains. Nous rions sur le sentier de terre.

     
  8. J’adore ton adolescence.

     
  9. Nous prenons le funiculaire qui mène au Vomero. Nous nous asseyons sur la petite place juste à la sortie sur la gauche. La dame aux cheveux roux relevés en chignon nous reconnait. Elle nous fait goûter le café au gingembre. Nous regardons les gens passer éclairés par la réverbération de l’immeuble derrière nous. Il fait beau, nous marchons dans les rues. La descente vers la mer est interminable. Nous avons faim.

     
  10. Personne ne soupconnait mon besoin de solitude, pas même moi. 

     
  11. Les Italiens aiment la mode.

     
  12. Je suis assise Piazza Bellini, je regarde cette fille.

     
  13. Nous regardons La cloture de l’amour de Pascal Rambert. Chez moi, je prépare ma valise, tu me regardes. Chez toi, tu prépares ta valise, je te regarde. Nous restons une heure allongés sur ton lit. La clôture de l’amour, ça remue beaucoup. A 4h30, nous prenons le taxi pour l’aéroport Roissy Charles de Gaule. Je m’endors avant le décollage. Là c’est la fenêtre de notre chambre chez Massimo et Antonio, 118 via Foria, Napoli.

     
  14. Vers midi, chez moi, je fais le ménage. La sonnette retentit, c’est Solen. Elle arrive du Bésil. Elle s’assoit et raconte. La sonnette retentit, c’est Pierre. Il revient du marché. Solen ouvre sa valise, elle en sort des culottes et des maillots de bain. Pierre ouvre le sac en plastique, il en sort des huitres. Solen et Pierre ouvrent les huitres ensemble et nous les mangeons en buvant du vin blanc. 

     
  15. J’arrive chez Cécile, je lui tends mon sac contenant un bouquet de cresson fané, deux poireaux et de la crème fraîche entière. Elle fabrique un potage. Nous nous asseyons autour de la table, elle nous sert du vin rouge et nous fumons des cigarettes en parlant de l’amour et de l’Italie. Nous mangeons la soupe. Pierre sonne, Cécile lui ouvre la porte. Je l’embrasse. Il s’assoit avec nous. Lorsque nous avons finit nos échanges autour de nos vies, nous lisons chacun à notre tour. Pierre un extrait des Parleuses de Marguerite Duras, Cécile, des poèmes de Michel Houellebecq ainsi que le début et la fin d’un roman dont je ne souviens pas le nom, et moi des passages des Renards pâles de Yannick Haennel.