1. Maintenant je pars à Naples.

     
  2. Cette phrase aurait pu passer inaperçue, être simplement absorbée si elle n’était pas arrivée à la suite d’une centaine d’autres sur le même sujet. Le sujet c’est l’autre, celui qui ne devrait pas exister mais qui est toujours là. Cette phrase n’était pas maladroite, elle était pensée, voulue, dirigée, aboutie. C’était avouer pleinement le manque, aller jusqu’au bout de l’écoute, de la patience, toucher. Il n’a rien dit. Ses yeux sont devenus plus petits, plus foncés, sa bouche fine est restée fermée. Il était triste et ça me faisait plaisir.

     
  3. Je prends quelques notes et pose mon carnet sur la petite table à côté. Je me penche pour prendre une banane dans mon sac et je la pose sur le carnet. J’ai écrit des choses que j’aimerais que personne ne lise, mais que je vais rendre moi-même publiques dans quelques jours, quand j’aurais un peu de temps.

     
  4. J’ai ressenti l’arrivée du froid avec un plaisir certain, m’est revenu le désir de cette frénésie vivifiante de l’hiver dernier où je n’étais jamais fatiguée parce que nous sortions tous les soirs. 

     
  5. Ce soir là nous sortons de la projection de Métomorphose au Reflet Médicis. Après avoir traversé la Seine, au niveau de la Place du Châtelet, je te dis : allons chez toi. Dans ta chambre je me déshabille et me glisse dans ton lit, ton lit est grand et confortable. Tu fumes une cigarette dans le salon ou sur le balcon. Tu me rejoins, tu t’assois sur le bord du lit et enlèves tous tes vêtements. Tu me prends dans tes bras et me serres contre toi. Tu m’enlaces, tu m’embrasses. 

    Ce n’est que le lendemain que nous interrogeons sur l’étrange sensation que nous avons eu, à savoir le sentiment de faire l’amour pour la dernière fois. 

     
  6. Paradoxe, protection, évitement, attachement, sexe, appui, tendresse, contradiction, décalage, autonomie, don, âpreté, fatigue.

     
  7. Je m’attache.

     
  8. Je suis partagée entre un grand besoin de solitude et une terrible envie de faire l’amour.

     
  9. Pour écrire, il faut avoir quelque chose à dire, par contre je parle beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je danse un peu.

     
  10. Nous n’allons ni à la piscine de Saint-Mandé, ni à Dieppe, ni prendre des verres en terrasses, ni au camping de Saint Arnoult, ni au cinéma, ni voir l’exposition Dries Van Noten, je n’écris pas non plus de livre, je ne repeins pas mon appartement, je ne regonfle pas la roue de mon vélo… 

     
  11. Je n’aime pas du tout être une mère intrusive, j’ai horreur de ça, c’est très désagréable.

     
  12. Dans la grande maison donnant sur la plage, au milieu de nombreux vieux Suisses, il y a un jeune et beau garçon brun, le fils de l’un d’entre eux. Il est bien habillé, discret, il garde ses distances. Lorsqu’un soir alors que nous sommes plusieurs autour de la table, face à la mer pour ceux qui ont le dos contre la maison, il confie à sa mère ainsi qu’au reste de la tablée ses affaires sentimentales. Il sort avec une fille, dont il est l’amant, il souhaite la quitter car une autre fille vient de lui révéler son amour. Cela le tourmente. Celle dont il ne veut plus est en vacances en Inde, il ne voudrait pas lui gâcher ses vacances, mais ne rien lui dire gâcherait ses vacances à lui. Sa mère lui dit : c’est étonnant comme les situations se reproduisent. Je ne suis pas sûre qu’il entende ce qu’elle dit. Le lendemain il part faire le tour de l’île sur un bateau effilé appelé Lazer, il est soulagé, presque joyeux. J’ai retenu qu’il est danseur, dans un ballet contemporain, j’ai retenu que la fille fait partie du même ballet, j’ai retenu le prénom de la fille. Je viens d’aller sur le site de la Compagnie et j’ai longuement regardé le visage de la fille.

     
  13. Je grimpe sur mon vélo pliable blanc des années 70, celui que Mattéo a trouvé à la décharge la semaine dernière. J’adore ce vélo, je vais à toute vitesse, je me tiens bien droite. J’arrive sur la jetée, ton bateau arrive, tu es là, à l’avant vétu de ton tee-shirt marin et de ta veste bleue. Tu me souris. Je ne bouge pas. Tu débarques, portant ton sac de voyage noir sur l’épaule. Tu avances vers moi et me prends dans tes bras. Je me serre contre toi, t’embrasse dans le cou tout en tenant toujours mon vélo de la main gauche.

     
  14. Le matin, je nage dans l’océan très frais avant de prendre mon petit déjeuner et toute la journée je me souviens de l’eau fraîche sur mon corps.

     
  15. Je dors avec eux. Je suis jeune.