1. Je retrouve peu à peu mon identité, à commencer par mon numéro de sécurité sociale.

     

  2. Je lave, je lave beaucoup.

     

  3. Ce soir je retrouve mes enfants, ils sont beaux, ils sont bons. Je prépare de la pâte à crêpes. Et je reçois ce mail de Martin, ses mots me transportent par leur justesse, leur attention, et j’y trouve cette intelligence qui me procure de l’euphorie, du bonheur de l’échange. Je fume une clope, boit une bière et écoute une chanson de Julien Doré.

     

  4. Je ne suis que souffrance.

     

  5. Je suis coupée en deux. D’un côté ma pensée, sereine, clairvoyante, se rendant compte de la nécessité de cette rupture, prête à le remercier de me rendre ma liberté. De l’autre mon corps abandonné, meurtri, amaigri, fragile, un corps en attente, mes seins sont vides et mon bas ventre se contracte.

     

  6. Marianne me nourrit. Elle prépare des croques-monsieur pour mes enfants. Dans sa cuisine, elle m’offre des bières et des cigarettes. Elle m’accompagne aussi chez Picard et m’aide à choisir de quoi faire manger mes enfants.

     

  7. Je m’assoupi en écoutant la voix d’Alain Cavalier.

     

  8. Je ne soupçonnais pas ma dépendance au corps de l’autre. Voilà c’est ce qui me manque le plus, tout son corps de bout en bout, rien que je n’ai pas connu, rien que je n’ai pas aimé.

     

  9. Je lui propose d’être sa maîtresse.

     

  10. Je passe l’aspirateur sur mes murs. Je dépoussière mes murs.

     

  11. Dans la rue, je m’assois sur un petit tabouret. Sous la pluie, les yeux fermés je me laisse masser par cette femme. Elle touche mon dos, ma nuque, mes bras mes mains, mes cuisses et mes jambes nues. Ce contact physique me fait du bien.

     

  12. Je suis obsessionnelle, et il y ces paroles d’une chanson pop qui me hantent : “…souvient toi c’est l’amour véritable…”

     

  13. Ma mère est dans la longue file d’attente. Yuko est ses amies jouent. Je m’allonge sur la pelouse, je ferme les yeux.

     

  14. J’en ai vraiment rien à foutre d’être compréhensive.

     

  15. J’ai retrouvé ma place d’enfant.